La Venturi 400 GT, produite de 1994 à 1996, occupe une place à part dans l’histoire de l’automobile française. Radicalement différente des coupés Venturi 200 et 260, elle représente l’ambition la plus spectaculaire de la petite marque française : créer une véritable supercar capable de rivaliser avec les Ferrari, Porsche ou Lotus de son époque. Avec son allure très basse, ses ailes larges, son immense aileron arrière et ses prises d’air généreuses, elle a souvent été comparée à une « Ferrari F40 française ». Une comparaison flatteuse, mais aussi révélatrice de son positionnement : la 400 GT n’était pas une sportive de grand tourisme classique, mais une voiture de course adaptée à la route.
Son histoire commence avec la Venturi 400 Trophy, lancée en 1992 pour le Gentleman Drivers Trophy. Cette formule monotype imaginée autour de pilotes amateurs fortunés proposait une prestation complète : voiture, assistance, transport et participation aux courses. Le succès est réel, avec 73 exemplaires de 400 Trophy construits entre 1992 et 1994. Cette auto de compétition sert ensuite de base à la version routière 400 GT, présentée en 1994 à Couëron, près de Nantes, alors siège de Venturi.
La 400 GT reprend l’architecture de la Trophy : un châssis monocoque en acier, un moteur central arrière et une transmission aux roues arrière par boîte manuelle Sadev à cinq rapports. Son cœur est un V6 PRV de 2 975 cm³, profondément retravaillé et alimenté par deux turbocompresseurs Garrett. Développant environ 408 ch à 6 000 tr/min et plus de 520 Nm de couple, il permet à la Venturi de dépasser les 290 km/h. Avec un poids annoncé proche de 1 150 kg, les performances sont alors exceptionnelles pour une voiture française de série : accélérations très franches, reprises impressionnantes et comportement extrêmement direct.
La première version de la 400 GT est la plus proche de la voiture de course d’origine. Son dessin impressionnant est dicté par l’efficacité aérodynamique : large diffuseur, voies élargies, carrosserie composite et grand aileron fixe. Pour la rendre homologable sur route, Venturi apporte toutefois plusieurs adaptations. Les phares deviennent escamotables, les rétroviseurs sont repositionnés, l’échappement reçoit des catalyseurs et l’habitacle adopte une finition plus soignée, inspirée des Venturi 260. Les acheteurs pouvaient notamment choisir les cuirs ainsi que l’aspect de la planche de bord, proposée avec une finition carbone ou bois.
La 400 GT se distingue aussi par une innovation remarquable : elle fait partie des premières voitures de route à adopter des freins en carbone, développés avec Carbone Industrie. Cette solution, encore très expérimentale à l’époque, souligne l’extrême proximité entre la Venturi et la compétition. L’efficacité de freinage était spectaculaire, mais le système demandait une mise en température et un entretien spécifique. Sur certains exemplaires plus tardifs, Venturi adoptera des disques en acier, plus simples à exploiter sur route.
En fin de carrière apparaît une évolution souvent appelée Série 2. Elle reçoit un bouclier avant redessiné, des feux arrière différents et les freins acier évoqués précédemment. Cette version est encore plus rare : seuls trois exemplaires auraient été produits. La production totale des véritables 400 GT de route reste très faible, généralement estimée à environ quinze voitures, ce qui explique son statut presque mythique auprès des collectionneurs. Certaines 400 Trophy ont également été converties ultérieurement pour la route, mais elles doivent être distinguées des véritables 400 GT sorties d’usine en configuration routière.
La Venturi 400 GT symbolise enfin une période aussi ambitieuse que fragile pour Venturi. Au début des années 1990, la marque investit fortement dans la compétition, notamment avec le Trophy et des engagements aux 24 Heures du Mans. Cette volonté de rivaliser avec les grands constructeurs renforce l’image de Venturi, mais pèse lourdement sur ses finances. La 400 GT demeure ainsi le témoignage spectaculaire d’un savoir-faire français audacieux : une supercar rare, brute, exigeante et conçue sans compromis, aujourd’hui considérée comme l’une des plus fascinantes sportives françaises des années 1990.
